"Pas de grandeur sans vertige"
11-Jun-2013
Entrevue avec Jean-Charles de Castelbajac, artiste et créateur de la marque JCDC aux influences pop-rock et "playful" pour la nouvelle génération
NOSE Votre devise ?
JCDC Ma devise c'est un passé spiritueux et un futur spirituel, ou l’inverse.
NOSE Si vous deviez résumer votre parfum idéal en un mot, lequel serait-il ?
JCDC La cristallisation. Mon parfum idéal cristalliserait toutes mes rencontres avec des femmes d’exception. Il serait à la fois de l'ordre du voyage, de la sensualité et définitivement du trouble. L'inverse d'un parfum luxueux car le luxe dans mon parfum serait une dimension extrêmement révélatrice sur l'intimité.
J’aime être dérouté par les parfums. J'aime que le parfum ne ressemble pas à la femme que je vois. C'est à dire que sur une femme extrêmement sensuelle, troublante et belle, j'aime un parfum d'homme. Et sur une femme un peu garçonne, je voudrais l'inverse. Sur une femme asiatique, j’aimerais un parfum occidental et l'inversement.
Le parfum c’est l’"accident".
NOSE Si le parfum devait être traduit en œuvre d’art, a quoi ressemblerait-il ?
JCDC J'ai justement l'intention de présenter bientôt une installation dans une institution. On y verrait des champs de roses extraordinaires qui sentiraient des odeurs fétides. Et j'adorerais montrer des lieux de dystopie, de destruction et de désastres avec des odeurs délicieuses.
NOSE Pour vous quel est le lien entre la mode et le parfum, sont-ils compatibles ?
JCDC Ca n’a rien à voir mais tout à sentir.
NOSE Quel type d’intensité de parfum aimez-vous ? Frais, léger, ou profond ?
JCDC Je n'aime pas les parfums légers. Quand je pense aux parfums que j'aime, je pense à une chanson de McLaren de son album Paris, chanté par Françoise Hardy. Cela parle d’une femme qui se suicide dans une pièce où elle a écrasé 1000 lys. Pour moi le parfum c'est lié à quelque chose de capiteux et de capital.
NOSE Vos parfums de prédilection ?
JCDC Ma mère portait Joy de Patou. Je porte habituellement Eau Noir de Dior mais aujourd'hui je porte Bois d’Argent. J'aime aussi beaucoup Pino Silvestre. C'est un parfum de pharmacie dans des petites bouteilles vertes qui ressemblent à des pommes de pain. C'est un parfum des années 60, comme Acqua di Selva, c'est un parfum italien de gigolo et de Playboy à Alfa Roméo Giuletta. Pour moi le parfum c'est un film.
NOSE Comment définiriez-vous le parfum des années 60 ?
JCDC La marijuana ? Je plaisante.
Je suis né au Maroc et les premier parfums qui m'ont bouleversé ce sont les parfums de la Médina. Il y avait tellement d'épices, tellement de senteurs, sans compter l'humidité. J'ai eu très tôt un éveil à la sensualité de ces parfums. J'imagine que si j'étais né en banlieue nord, j'aurais senti d'autres choses. J'aurais senti du bitume, des ballons de foot. J'ai eu la chance d'avoir vécu mes cinq premières années au Maroc.
NOSE Votre note préférée ?
JCDC Mon premier parfum, qui n'existe plus mais que je vais ressortir bientôt, était un parfum très
addictif parce qu'il était influencé par mon enfance. Je l'avais fait avec Maurice Roussel, qui est un génie. Pour le briefer je lui ai dit que quand j'étais pensionnaire je mangeais de la colle à l'amande Cleopatra. Nous nous sommes tous plongés dans ces pots de colle pour chercher les souvenirs de notre enfance.
Mon premier parfum c'était ça. Ça a été un succès énorme et depuis qu'il est terminé, j'ai une cohorte de femmes en manque qui m'écrivent. Elles me disent " Jean-Charles, quand est-ce qu'il va ressortir, je peux plus vivre ". Parce que c'était un parfum à la fois régressif et ultra sensuel. Maurice Roussel l'avait créé avec le groupe Pacific à l'époque.
NOSE Quel est votre parfum et fragrance pour la maison préféré ?
JCDC J'ai une tendresse particulière pour les bougies Cire Trudon. Qui vous font voyager vers le 18ème siècle. J'aime particulièrement tout le travail de Ramdane Touhami sur son architecture olfactive. C'est extrêmement intéressant, notamment ses boules puantes qui sentent bon. Dans ce domaine là c'est vraiment un visionnaire. Et puis j'ai un cousin lointain qui s'appelle Fréderic Malle que je trouve über-talented. Il est éditeur de parfum mais fait ça comme un curateur de la modernité. J'adore toute cette jeune génération d'artistes entrepreneurs.